L’audace d’un rêve surplombant Hyères
Si tu montes un peu au-dessus de la ville, tu apercevras une silhouette blanche, s’imposant comme une grande dame centenaire, qui veille sur notre ville. La Villa Noailles ne ressemble à rien d’autre à Hyères. Ce que j’aime dans cette maison, ce n’est pas seulement ce qu’elle est devenue aujourd’hui. C’est l’histoire du couple qui l’a imaginée, et presque contre le monde entier ! ce qui lui donne un caractère presque romanesque.
Un couple libre, dans une époque qui ne l’était pas toujours
Dans les années 1920, Charles et Marie-Laure de Noailles ne sont pas simplement des aristocrates fortunés. Ils sont curieux, passionnés, épris d’art et de modernité. Ils fréquentent les artistes, les poètes, les musiciens. Ils soutiennent les avant-gardes quand d’autres les regardent avec méfiance.
Ils ne veulent pas d’une villa bourgeoise classique, ils veulent affirmer leur vision, en lui donnant une dimension artistique. Ils confient alors leur rêve à l’architecte Robert Mallet-Stevens. Ce qu’il imagine est radical pour l’époque , lignes droites, volumes cubiques, terrasses en cascade, absence d’ornements. Une architecture presque abstraite. À Hyères, certains s’indignent, on trouve la maison froide, étrange, trop moderne. On parle d’un “blockhaus blanc” posé sur la colline..., elle choque, elle dérange. Mais Charles et Marie-Laure tiennent bon, ils ne construisent pas pour plaire, ni pour créer des polémiques, Ils construisent pour donner vie à leur art.
Une maison pensée comme un laboratoire artistique
La Villa Noailles n’est pas une résidence secondaire au sens traditionnel. C’est un refuge pour l’avant-garde. Très vite, elle devient un lieu de passage pour les esprits libres des années folles. On y expérimente le cinéma, la photographie, la musique. Les Noailles financent même des œuvres qui deviendront majeures. Parmi les œuvres majeures qu’ils ont financées, on retrouve notamment plusieurs films d’avant-garde comme « Les Mystères du Château du Dé » de Man Ray, « L’Âge d’Or » de Luis Buñuel, et « Le Sang d’un poète » de Jean Cocteau. Ces œuvres ont marqué l’histoire du cinéma expérimental. En plus du cinéma, ils ont soutenu des artistes de renom comme Salvador Dalí, Alberto Giacometti, André Breton, et bien d’autres. Leur villa à Hyères est devenue un véritable laboratoire d’avant-garde, accueillant des œuvres et des créateurs qui ont profondément influencé l’art du XXe siècle.
La maison est pensée comme un terrain d’exploration, un jardin cubiste dessiné par Gabriel Guevrekian, une piscine intérieure avant-gardiste, des espaces modulables et lumineux. Bref, une maison audacieuse, que je trouve profondément inspirante. En 1973, suite à la mort de sa femme, survenue trois ans plus tôt, Charles de Noailles cède sa villa emblématique à la ville. Il faut ensuite attendre le début des années 2000, pour voir celle qui se faisait appeler jadis le « Clos Saint-Bernard », retrouver sa vitalité artistique.
Une modernité qui a traversée le temps
La Villa Noailles n’a jamais cessé d’être un lieu d’avant-garde. Dès 1985, elle s’impose comme un haut lieu de la création contemporaine en accueillant le Festival International de la Mode, de la Photographie et des Accessoires. Karl Lagerfeld a reçu un prix à la Villa Noailles lors de l’été 1995, pour son travail photographique réalisé sur place. Fidèle à cet esprit d’innovation, elle poursuit son engagement et est reconnue en 2017 comme « centre d’art contemporain d’intérêt national ». Chanel en est le grand partenaire, renforçant encore le rayonnement culturel du site, la maison Chanel apporte son soutien continu, participant au rayonnement de ses événements emblématiques.
Depuis 2023, elle affirme pleinement son rôle de centre d’art, La Villa Noailles n’est pas figée dans son passé, elle continue de porter cette énergie créative née il y a près d’un siècle.
Pourquoi je t’en parle
Parce que pour moi, La villa Noailles est bien plus qu’un lieu culturel, c’est la preuve qu‘Hyères a su accueillir l’audace. Elle raconte qu’ici, sur cette colline tournée vers la mer, un couple a osé croire que l’art pouvait transformer un territoire. Ils ont assumé les critiques, les incompréhensions, les regards sceptiques. Et aujourd’hui encore, leur empreinte est là. Quand tu visiteras la Villa Noailles, peut-être ressentiras tu cette chose difficile à nommer, la sensation d’entrer dans une maison qui a été pensée pour créer, pas pour impressionner. Et c’est peut-être cela, au fond, le vrai luxe 😉
Caroline.


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